Présentation des marais

Source de ce texte : Audélor / Lorient Agglomération, voir l’article original.

A l’arrière du tombolo, le long de la petite mer de Gâvres, se sont développés des schorres, notamment à l’est de la commune, ainsi que des étendues marécageuses à caractère saumâtre couvrant une soixantaine d’hectares.

Le schorre le plus remarquable, par son étendue et par la diversité de sa végétation, se situe entre le tombolo et le cordon secondaire portant une tourelle peinte en blanc. Plus à l’ouest, des murs de pierre et des digues de terre délimitent une vaste zone elle-même compartimentée par des levées de terre, des remblais d’anciennes voies ferrées… C’est là, au sud-est de Kersahu, que se trouvent les vestiges encore bien visibles d’anciens marais salants, probablement les plus nordiques de France, qui furent exploités depuis l’époque gallo-romaine et dont l’existence est encore mentionnée sur un acte de vente de 1833. A la faveur de brèches dans le mur périphérique ou de vannes restées ouvertes, la mer remonte de façon régulière, ou occasionnelle dans certaines parties de cette zone. Certains « compartiments » artificiellement créés sont relativement abrités de l’influence maritime et accumulent de l’eau douce provenant des pluies et de la nappe phréatique. Ces différentes zones humides se raccordent à la dune, souvent par l’intermédiaire de prairies humides ou mésophiles. En fonction de l’hygrométrie et de la salinité, on observe donc ici une étonnante diversité de milieux humides pour l’essentiel en excellent état.

Les schorres de la presqu’île de Gâvres sont remarquablement riches en espèces et associations végétales et, à cet égard, se classent en 23ème position sur les 83 répertoriés le long de la façade atlantique française. La zone de transition avec la dune, intacte et bien développée près de la tourelle, est particulièrement intéressante. Parmi les espèces remarquables, on citera Salicornia fructicosa, Suaeda vera, Juncus acutus, Carex serotina et les lavandes de mer Limonium ovalifolium et Limonium lychnidifolium.

Vers Kersahu, les marais salants à l’abandon sont envahis par les salicornes et l’obione, parfois par des joncs et scirpes lorsque l’eau saumâtre y stagne. Les dépressions sous l’influence des rejets d’eau douce provenant de la station d’épuration de Gâvres voient se développer d’importants peuplements de massettes à feuilles larges. Plus en arrière, s’étendent de vastes prairies humides où l’on trouve diverses espèces d’orchidées parfois abondantes, comme l’épipactis des marais, l’orchis à fleurs lâches ou le rare spiranthe d’été. Le substrat plus ou moins sablonneux favorise la venue de diverses espèces de plantes calcicoles comme Schoenus nigricans. Des renoncules remarquables ont été découvertes dans des trous d’obus remplis d’eau (Ranunculus baudoti, R. droueti, R. trichophyllus). Enfin, le scolyme d’Espagne, une belle espèce méditerranéenne-atlantique, arrive ici à sa limite nord absolue. Les recherches menées ces dernières années ont montré que ce site est l’un des plus remarquables de la région lorientaise au plan botanique.

gorge bleue

En ce qui concerne la faune, les chenaux où remonte la mer produisent une grande quantité d’espèces marines et, en premier lieu, de crevettes grises, servant de nourriture à des nombreux poissons. La richesse ornithologique du site, pour ce qui est des oiseaux nicheurs, est sans doute inférieure à ce qu’elle pourrait être si les marais salants étaient convenablement gérés.

L’espèce la plus intéressante est la gorgebleue (sous-espèce à miroir blanc), dont deux à trois couples ont niché dans les fourrés bordant les marais salés dans les années 1970 / 80 au moins. La période récente, depuis 1987, a vu l’installation de plusieurs espèces de limicoles (vanneau huppé, 2 à 3 couples de chevaliers gambettes, échasses blanches certaines années, et même un couple de grands gravelots en 1998 (premier site de nidification continental pour l’espèce en Bretagne), tandis que la population de tadornes explosait.

On note par ailleurs la bergeronnette printanière, la locustelle tachetée et la cisticole des joncs. Le faucon crécerelle a niché dans une grue à Kersahu, tandis que de nombreux passereaux nichent dans les fourrés bordant les marais et les praires (traquet pâtre, linotte, accenteur mouchet, fauvettes grisette et à tête noire…).

Le site est souvent survolé par des busards des roseaux en chasse et, en hiver, le faucon émerillon peut faire son apparition. Une magnifique araignée à affinités méridionales, l’argiope, est commune dans les hautes herbes des schorres.